Dilemme ancestrale des stratégies économiques, la dualité entre le libre-échange et le protectionnisme provoqua plusieurs siècles de controverses doctrinales et continue encore de diviser les sphères politiques de tous pays. Chacune de ces doctrines ambitionne d’apporter le plus grand nombre de richesses, mais souhaitent passer par différents moyens.
I – Le libre échange
Par définition, le libre-échange est un système de commerce international “dans lequel aucun obstacle douanier, fiscal ou réglementaire ne vient freiner les échanges commerciaux entre États” (Larousse).
A – Avantages et inconvénients
Un des principaux avantages du libre-échange réside dans une hausse du pouvoir d’achat des consommateurs. Pouvant choisir des produits moins chers et plus diversifiés (ouverture au commerce international), les consommateurs auront tendance à consommer plus, stimulant ainsi la croissance.
Le libre-échange permet également d’accueillir des IDE (investissement direct à l’étranger) et d’accéder à des technologies uniquement disponibles à l’étranger.
Les théoriciens du libre-échange que sont Smith et Ricardo ont participé à la construction de modèles mettant en avant l’intérêt de la spécialisation en situation de libre-échange. Ce dernier prouva, avec la théorie des avantages comparatifs, qu’un État avait intérêt à se spécialiser dans la production dans laquelle il dispose de l’écart de productivité le plus fort en sa faveur, ou le plus faible en sa défaveur, relativement à ses concurrents. Ainsi, tout pays aurait intérêt à pratiquer le libre-échange afin de pouvoir jouir de la théorie des avantages comparatifs.
Cependant, le libre-échange peut s’avérer être dangereux pour les pays dont la main-d’œuvre est coûteuse. En effet, en situation de libre-échange, les entreprises voudront optimiser leurs coûts de production en produisant à l’étranger, mettant en péril de nombreux emplois dans des pays où la main d’œuvre est considérée comme étant trop chère. A cause de cela, les pays avec une main d’œuvre coûteuse risquent de connaître un fort déficit de balance commercial ainsi qu’un ralentissement de croissance.
B – Histoire du libre-échange
Le libre-échange émerge lors de la deuxième moitié du XIXe siècle, avec le traité Cobden-Chevalier signé par Napoléon III le 23 janvier 1860, alors que l’évolution des moyens de transport (machines à vapeur notamment) permet une plus grande mobilité des marchandises. De 1879 à 1945, les différents conflits en Europe amenèrent les États du vieux continent à délaisser le libre-échange, avant de revenir à celui-ci avec l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), signé en 1947 et accueillant de plus en plus de pays participants tout au long de la fin du XXe siècle.
Le GATT fut un énorme pas vers le libre-échange, marquant la première fois que les États abandonnèrent les seuls accords bilatéraux, en faveur d’un accord multilatéral. Les négociations du GATT ont été fondées sur Ces négociations sont fondées sur trois grandes règles :
- la clause de la nation la plus favorisée (permet à chaque pays de se voir appliquer une égalité de traitement par ses partenaires commerciaux)
- la réciprocité des concessions tarifaires (un pays qui accepte une concession tarifaire doit offrir une concession en retour)
- la transparence des politiques commerciales (les barrières non tarifaires sont interdites car elles sont considérées comme difficilement quantifiables et discriminatoires).
Un des cycles de négociations du GATT a permis de créer l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) en 1995. Contrairement au GATT qui ne sont que des accords commerciaux, l’OMC est une organisation internationale dirigée par les États membres. Le GATT ne permettait pas d’empêcher la mise en place de mesures interdites (des tarifs douaniers non quantifiables, par exemple), l’OMC tente de résoudre ce problème en se dotant d’un organe de règlement des différends permettant d’user d’un pouvoir disciplinaire.
L’OMC a pour objectif de généraliser le libre-échange, objectif concrétisé depuis 1995 car l’organisation compte aujourd’hui 166 pays membres et a permis d’abaisser mondialement les droits de douane. Cependant, l’OMC peine à réduire les droits de douane imposés à certains secteurs (agriculture par exemple) et se voit bousculée par l’actualité rugissante des tarifs douaniers américains.
II – Le protectionnisme
Par définition, le protectionnisme est un « système consistant à protéger l’économie d’un pays contre la concurrence étrangère au moyen de mesures tarifaires (droits de douane) et non tarifaires (quotas, normes, subventions à l’exportation). » (Larousse).
L’objectif du protectionnisme est de protéger ses entreprises en vue de l’exportation de biens et services. Ce système est donc très interventionniste, contrairement au libre-échange.
Le protectionnisme connut plusieurs phases de domination, avec les doctrines mercantilistes (au XVIIIe siècle), avec la Grande Dépression et lors de la Première Guerre mondiale.
D’après John Stuart Mill, à partir des travaux d’Alexander Hamilton et de Friedrich List, le protectionnisme bénéficie aux industries naissantes (c’est-à-dire les entreprises ne pouvant pas survivre face à la concurrence étrangère), car ce protectionnisme est “éducateur”. Selon cette théorie, un pays se développant devrait protéger ses entreprises par des tarifs douaniers, permettant de les protéger de la concurrence étrangère, afin que ces entreprises accumulent du savoir-faire. Enfin, lorsque les industries naissantes auront rattrapé les industries étrangères, les tarifs douaniers pourront être supprimés.
Quand bien même les industries étrangères ne seraient pas plus compétitives, le protectionnisme permettrait d’empêcher une concurrence déloyale face à des biens étrangers dont le prix est nettement abaissé grâce à des subventions étatiques. Cette situation a récemment touché l’Union européenne, qui doit faire face au dumping chinois sur les panneaux solaires.
Le protectionnisme est également utilisé par les pays développés pour protéger certains secteurs, notamment l’agriculture. Un exemple de cette protection dédiée à l’agriculture est la PAC (Politique Agricole Commune) de l’Union européenne, freinant les importations de produits agricoles et subventionnant les exportations. Ce type de mesure protectrice est également utilisé aux États-Unis. Il est toutefois possible de s’interroger quant aux réels bienfaits économiques de ce genre de protection, qui semblerait plutôt mise en place suivant des considérations politiques.
Enfin, en situation de dépression économique, le protectionnisme permet d’encourager les consommateurs à se tourner vers les industries nationales, afin que celles-ci poursuivent leur production et ne s’effondrent pas.
Sources :
- Enseignements de Madame Duong, professeur en CPGE ENS D1
- Alternatives économiques
- https://www.courrierinternational.com/article/photovoltaique-panneaux-solaires-la-chine-fait-du-dumping-les-fabricants-europeens-paniquent




